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3. 17 juin 1940, la tragédie du Lancastria ; le désastre
Mis en ligne : vendredi 10 juin 2005, par Yves

Premier livre à compte d’auteur Français relatant la tragédie du HMT Lancastria
Ce livre de 200 pages relate :
La construction, la navigation du Lancastria et ses divers périples sur tous les océans
Plus de 50 témoignages provenant des survivants de cette catastrophe du
17 juin 1940
Prix 20 € + 5.50 € (frais d’envois)
Pour plus d’informations contactez moi sur
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Le désastre
Le 17 juin 1940 l’embarquement commence
Le Lancastria mouille son ancre vers 06h00 du matin à environ 4 milles du rivage par une profondeur de 20 mètres. La 31ème division d’infanterie allemande traverse le fleuve de la Loire au niveau d’Orléans pour rejoindre les ports de l’Ouest ; devant elle, restait la force expéditionnaire britannique avec plus de 150 000 hommes, toutefois plusieurs unités avaient réussi à s’échapper deux semaines plus tôt par Dunkerque lors de l’opération Dynamo. Pour le Lancastria, la journée commençait par une matinée fraîche et ensoleillée ; l’équipage était loin de se douter que les allemands étaient à seulement 25 milles du port de Saint-Nazaire .Sur rade se trouvaient également de nombreux navires civils et militaires tels que : HMS Cambridgeshire, HMS Havelock, HMS Highlander, HMS Punjabi, HMS Vanoc , Oracle, Oriel, Oronsay, John Holt, Robert L Holt, City of Lancaster, Baharistan, Clan Ferguson, Floristan, Ulster Prince, City of Mobile, Cymbula, Fabian, Glenaffric et le HMT Lancastria., Environ 90 navires avaient été dépêchés afin d’embarquer le reste de la B.E.F
Entre 07h00 et 08h00 M Grattidge prépara le Lancastria en raison des premiers bateaux qui commençaient à faire route sur le paquebot .
L’une des premières grandes unités à arriver le long du Lancastria fut celle de la R.A.F, deux cents hommes et huit officiers dont le commandant de l’unité ; M Douglas Macfadyen accostèrent le Lancastria. Le commandant fut dirigé vers une cabine de l’ancien paquebot. Quant à son contingent il fut guidé dans les cales 1 et 2 à l’avant du navire. toutes les unités suivantes de la R.A.F principalement l’équipage du 73ème escadron sont orientées également sur ces deux cales. Dans l’après midi plus de 800 personnes sont serrées à l’intérieur de cette cale. Matelas et pailliasses sont étendus sur toute la surface du sol formant un tapis épais ; un des hommes le sergent Ivor Jenkins tremblant dit : « c’est comme une morgue » . Pendant que les soldats de la R.A.F embarquent toujours, d’autres descendent au pont inférieur « D » pour le trouver entièrement occupé.
Membre du 73ème escadron avec l’emblème de la compagnie
 Le Floristan
Le floristan
 HMS Havelock
HMS Havelock
 HMS Vanoc
A chaque personne qui embarque à bord, il lui est remis une petite carte ressemblant à un billet ; un sergent de la R.A.F, Harry Strudwick, possède un billet portant le numéro de cabine 118 au pont B. Après avoir cherché cette cabine parmi le labyrinthe des couloirs, il découvrit huit personnes pour trois couchettes. Pendant ce temps, deux ou trois soldats décidèrent de faire un tour à l’extérieur tandis que les autres restaient pour faire une toilette et un rasage bien nécessaire. Le sergent Strudwick n’a jamais revu ses camarades de cabine, il n’a jamais su ce qu’ils étaient devenus et n’a jamais appris leurs noms.
Le HMS Highlander faisant route sur le Lancastria
Lors de cette journée du 17 juin 1940, le capitaine Scott Bowden de la 53ème compagnie des Pioneers Royal Enginers embarque avec ses hommes sur le HMS Havelock ; pour lui il est évident que le Lancastria est surchargé. Une fois à bord, il lui fut attribué une cabine de 2ème classe avec quatre couchettes. Il découvrit lui aussi que sept autres officiers possédaient la même cabine, rapidement, il alla voir le commissaire de bord qui lui répondit : "Monsieur, désolé, mais c’est le mieux que je puisse faire pour vous ; vous êtes déjà chanceux de posséder une couchette car trois personnes devront dormir sur le plancher dont deux colonels". En attendant, un petit déjeuner fut servi dans la salle de restaurant, qui se composait de : pain cuit lors du voyage , pamplemousse, lard, œufs, pain grillé, confiture, café, etc. .... Le salon du coiffeur fait le plein ; les soldats n’ont pas vu de coiffeur depuis plus de six mois.
D’après les témoignages d’officiers rescapés, 9000 hommes se trouvaient à bord et les pertes s’établissent entre 4000 et 7000 noyés ou tués. Un des derniers à monter à bord, un soldat, P.H. FAI...., affirme dans sa déposition avoir entendu un officier dire qu’il y avait plus de 9000 personnes à bord.
Le chef d’escadron Shipp et l’officier Bod Doig se retrouvèrent sur le pont et redescendirent suite aux avions patrouillant sur la zone ; sur leur chemin ils prirent un gilet de sauvetage et se rendirent dans la salle du restaurant ; ils mirent leur gilet par dessus leur veste pour éviter de les porter. Un membre de l’équipage n’a pas considéré que la vue des hommes portant des gilets de sauvetage était un excédent de prudence.
Hugh Johnston était un des marins naviguant sur le Lusitania quand il a été descendu sur la côte Irlandaise en 1915 ; mais ce qui devait arriver au Lancastria éclipserait cette tragédie de plusieurs fois le Lusitania
Les enfants Belges
Un officier du Lancastria se trouvant en bas de la coupée raconte : "Le Lancastria était entièrement complet ; il ne pouvait plus embarquer de soldat ou de civil ; bien qu’un dernier destroyer s’approchât, il était impossible de prendre plus de personnes à bord ; en fermant les sabords j’entendis le mécontentement provenant de la passerelle du navire approchant le Lancastria, mais nous ne pouvions faire autrement. Il poursuivit sa route sur le transporteur de troupe Oronsay.
Lors de mon retour à mon poste, j’aperçus des enfants remontant la coupée du dernier arrivage.
Ils devaient avoir dans les 10 ans, un frère et une sœur. Tous deux possédaient les mêmes yeux ainsi que des cheveux dorés. Ils provenaient de Belgique ; un remorqueur les avaient transféré de Saint-Nazaire vers le Lancastria avec d’autres civils. Ces enfants étaient seuls et semblaient bien fatigués ; une toilette semblait bien nécessaire. Ce qui me serra les entrailles, c’est la vue de deux chiens qu’ils serraient contre eux. Je courus dans leur direction car il était impossible d’embarquer ces chiens ; le règlement était strict et aucune dérogation ne pouvait être émise. Arrivé à leur hauteur, je leur dis : nous ne pouvons pas embarquer ces chiens, il faudra les laisser dans le prochain remorqueur !! Avec calme, ils me fixèrent et ne comprirent pas ce que je leur signifiais. Pour m’expliquer, j’arrêtais une vieille dame anglaise qui parlait très bien le français ; ce fut très dur pour moi de vouloir faire appliquer le règlement. La dame parlait aux enfants avec beaucoup de douceur. Je vis le visage du petit garçon se transformer, ses lèvres se mirent à trembler, ses yeux se remplirent de larmes ; il ne répondit pas, il se mit à serrer son chien contre lui. Ce petit garçon commença à parler, sa sœur serrait son petit chien et ne disait rien. La dame anglaise me traduisit : ces enfants sont belges, ils sont venus à pied de Bruxelles, traversant toute la France avant l’arrivée de l’armée allemande.
Oui, oui, lui répondis je. Expliquez leur que nous les mettrons en sûreté, mais il nous est impossible d’embarquer ces chiens.
Les chiens les suivent depuis Bruxelles, ils disent qu’ils ne peuvent s’en séparer maintenant.
Puis un moment de silence.... je ne pouvais plus regarder le petit garçon dans les yeux ; je me sentis fondre sans plus aucun argument.
Bon, qu’ils embarquent, il me semble qu’il existe des entorses au règlement !
Une heure plus tard, le bombardement aérien arriva, les deux enfants belges périrent avec leurs chiens dans la tragédie".
Le désastre
Les destroyers ainsi que tous les petits navires continuent d’amener des troupes à bord. A l’heure du déjeuner, les ponts sont remplis avec des centaines et des milliers de réfugiés ; un destroyer se trouvant à proximité du Lancastria lui demande d’appareiller s’il est à pleine capacité mais, en contre partie, il n’aura pas d’escorte . D’un coup , venant du ciel, un bruit d’avion ; un autre transport de troupe, l’Oronsay se trouvant à côté du Lancastria est attaqué et reçoit un coup près de son pont ; les fragments des débris atteignent le Lancastria.
Les troupes se trouvant à l’intérieur du Lancastria décident de monter sur le pont ; la plupart d’entre eux n’ont pas de gilet de sauvetage. La sirène d’un raid retentit ; hors de soleil, un bombardier allemand apparaît, ses portes de bombes s’ouvrent, une salve de quatre bombes déchirent le Lancastria ; le bateau commence à frissonner ; une bombe explose dans une cale où se trouve le contingent de 800 soldats de la RAF ; les flammes et la fumée noire épaisse commencent à s’échapper par le panneau de la cale n°2 privant toute sortie. La deuxième bombe semble avoir heurté près de la cheminée ; la fumée couvre toute la partie avant du transatlantique ; une autre bombe frappe une soute libérant 1400 tonnes de fioul ; les hauts parleurs crient " chambre des machines, chambre des machines ...... seul le silence répond !!". Une bombe explose dans l’eau assez près du Lancastria pour souffler un trou béant sur le côté, la panique s’en suivit.
L’Oronsay qui fut bombardé
M. Grattidge saisit un mégaphone et ordonne à l’équipage de libérer tous les canots de sauvetage, le transatlantique commence à gîter sur tribord mais l’ordre est que les hommes doivent se déplacer sur bâbord pour que le navire se stabilise, une tâche désespérée ; le Lancastria meurt avec des milliers de personnes à bord. Les centaines d’hommes, femmes et enfants sont maintenant sur une mer imprégnée d’huile ; des milliers de personnes sont toujours à bord de la carcasse du Lancastria qui commence à se retourner sur le côté. L’hélice apparaît, les hommes commencent à se tenir sur le côté du navire, certains chantent ; c’est un spectacle véritablement macabre.
Pour les gens dans l’eau, il n’y a aucun chant ; l’huile est partout, collée aux vêtements, aux cheveux ; elle pique les yeux, elle s’incruste vers le haut des narines et dans les poumons. L’horreur la plus terrible est quand l’avion de la Luftwaffe continue à mitrailler les survivants dans l’eau et sur le bateau qui coule ; un avion ennemi libère des bombes incendiaires afin d’essayer d’y mettre le feu car l’huile s’échappe toujours du Lancastria .
 L’Oronsay en temps de paix
 L’Oronsay à proximité du Lancastria
Le Lancastria est touché à 15h48, il s’incline à bâbord à 15h50 , la cheminée disparaît dans la mer à 16h02. Et à 16h12 l’ancien transatlantique est coulé, le drame a duré 24 minutes.
 Le Lancastria vient se faire bombarder
 Le destroyer Highlander, portant assistance au Lancastria
la plupart des soldats considéraient cet embarquement comme la fin de leur misère sur le continent, le retour vers la patrie signifiait la fin du cauchemard !!!
 Certains rescapés virent les aviateurs prendre des photographies
 Moment final du Lancastria
Le repas du 17 juin 1940 était très copieux comme le dit le sergent-major Fic... : ‘je laissais mes deux camarades dans la cabine et descendis manger . En remontant je leur dis qu’il y avait beaucoup de bonnes choses an menu, ils descendirent à leur tour et je restais dans la cabine pour garder leur sac personnel, je ne les revis jamais !!!
 Le Highlander portant secours au Lancastria
Un officier raconte : je m’assis à l’arrière, à l’extrémité du paquebot, et je semblais monter dans l’air, tandis que l’avant s’enfonçait. Les matelots du bateau firent ce qu’on leur avait appris en telle circonstance. Ils jetaient par-dessus bord tout ce qui pouvait flotter. Mais ils n’avaient pas conscience qu’un courant de marée d’environ 3 nœuds emportait tout vers la côte. Un soldat me dit : » vous feriez mieux de sauter maintenant car le bateau coule ; nous avons plongé tous les deux d’une hauteur d’environ de 70 pieds. Je n’oublierais jamais ces soldats qui se bousculaient le long de la coque du navire et sur la quille. Ils criaient ou chantaient. Tous les objets flottants, balancés du haut du Lancastria provoquaient bien des morts.
En 20 minutes les 16 243 tonnes du Lancastria disparaissent sous les vagues ; sur la mer ne restent qu’épaves, bateaux de sauvetage retournés, réfugiés et soldats. Beaucoup de gens avec des gilets de sauvetage sont immobiles, car ils ont sauté dans l’eau avec soit une taille de gilet inadaptée ou l’absence de sous-cutale ; ils rencontrèrent instantanément la mort en touchant l’eau car le gilet de la « vie » en montant brutalement vers le haut leur fracassa le cou.
 La Lambarde
 Le Saint-Christophe
Les deux destroyers HMS Highlander et HMS Havelock commencent à prendre des survivants à leur bord de même que de nombreux bateaux tels que le Glenaffaric, l’Oronsay, le Fabian, le John Holt , ainsi que des navires français tels que le bateau pilote « la Lambarde » récupérant un grand nombre de naufragés malgré sa petite longueur ; le Paul Leferme (baliseur) également sur zone récupère 85 rescapés ; sont venus de la côte également : le Coman, canot de sauvetage de la SNSM du Pouliguen, et le bac Saint Christophe ; malheureusement plusieurs des survivants sont sérieusement blessés. Jamais un sauvetage n’a laissé pareille empreinte dans la mémoire locale. Moins de 2500 personnes seront sauvées mais le compte exact de morts ne sera jamais connu suite au calcul qui a été arrêté par le commissaire de bord après plus de 6000 personnes embarquées sur le Lancastria . L’évaluation du nombre de personnes à bord quand il a coulé serait de l’ordre de 6000 à 9000. Parmi les survivants sont le capitaine Sharp et le second capitaine Grattidge ; en septembre 1942, le capitaine Sharp perdit la vie sur le Laconia (transatlantique) torpillé par un sous marin ; seulement 972 survivants sont sauvés sur environ 2000.
 Le Laconia : construit en 1922 ; tonnage 19695
Sur le Lancastria, selon les sources officielles, au moins 5200 personnes ont perdu la vie ; le Lancastria restera la plus grande catastrophe maritime de la compagnie Cunard ; 36% de tous les accidents expéditionnaires britanniques à partir de septembre 1939 à juin 1940 sont dûs au désastre du Lancastria.
A bord !!
A bord, c’était devenu chacun pour soi ; un officier anglais, muni d’un pistolet, forçait les hommes à redescendre, ne réalisant pas que le Lancastria sombrait rapidement. Ça allait trop vite pour porter secours aux blessés ainsi que pour amener les canots de survie ; les manœuvres se réalisaient sans succès ; il n’y a eu qu’un seul canot sur les quatre amenés qui réussit à flotter ; les gens piétinaient ou titubaient sur tous ceux qui tombaient ou ne pouvaient plus être aidés. Le major Armitage fut un héros lors du naufrage, car plusieurs fois il plongea pour sauver des hommes les traînant aux canots de survie ; des gens sont restés 4 heures dans l’eau voyant leurs copains mourir. Des scènes horribles... plusieurs femmes jetaient leurs enfants à l’eau et plongeaient ensuite, mais beaucoup n’en sont jamais revenues. Le plus grand nombre des victimes provient du corps du service Royal de l’armée britannique.
 L’Oronsay pris par M Clément sur le HMS Highlander
Frederick Bri....
Mon père et son frère étaient tous les deux sur le Lancastria. Ils sont des survivants suite au bombardement du navire. Mon père sauva son frère de la mer, et furent tous les deux rescapés après ce terrible drame.
Ma sœur et moi étions à Liverpool, à rendre visite chez nos parents. Lorsque ce fut l’anniversaire de la bataille de l’Atlantique. Nous faisions la queue le long des bureaux avec beaucoup d’autres personnes afin d’avoir des informations sur la tragédie du Lancastria. Nous attendions également une liste d’estimation de perte et survivants ainsi que le nom du capitaine.
Nous demandions pourquoi notre père et son frère n’étaient pas sur la liste des survivants. L’on nous informa que cela devait rester secret.
Suite 24 minutes d’horreur ; la fin du Lancastria
copyright Yves Beaujuge
copyright Association Lancastria Angleterre
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