La Tragédie du LANCASTRIA |
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4. 24 minutes d’horreur, la fin du Lancastria Mis en ligne : vendredi 10 juin 2005, par Yves
La fin du LancastriaDes hommes dans une mer huileuse. Un officier raconte : "Nous étions si fermement serrés à bord qu’il était impossible de se déplacer lors de l’attaque de l’avion ; quand la bombe nous frappa, certains furent tués par la force de l’explosion, mais jamais nous n’avons ressenti un moment de panique parmi tous les hommes ; ce fut l’enfer pour ceux qui ne réussirent pas à sauter à la mer ou qui ne purent escalader sur le côté du Lancastria. C’est alors qu’ils se sont mis à chanter ; ce fut incroyable d’entendre tout ces hommes . Puis les chants se sont soudainement arrêtés lorsqu’ils entendirent les cris de ceux qui se noyaient . Quand le bateau se mit soudainement à se retourner ce fut une vue effroyable de voir toutes ces têtes dans l’eau". Certains des survivants passèrent 5 heures dans l’eau, s’accrochant à tout ce qu’ils pouvaient agripper ; n’importe quel morceau pouvait être utilisé pour se maintenir à la surface. Ceux qui s’en sortirent étaient couverts d’huile ; ils furent envoyés soit à Saint-Nazaire, soit en Angleterre. Couverts de mazout
Rapport de mer du Baliseur Paul Leferme "Le 17 juin 1940, vers 17 heures, revenant de la Loire à bord du baliseur Paul Leferme, où nous avons éteint toutes les bouées : au moment où nous arrivons à l’entrée Est, nous entendons un gros bombardement venant du large. L’ingénieur ordinaire qui se trouve sur le quai nous fait des signes ; nous l’approchons et il nous dit qu’un paquebot vient d’être bombardé ; il est chargé de troupes anglaises. Nous nous dirigeons vers l’endroit où nous arrivons ensemble à 5 ou 6 bateaux ; nous mettons la vedette à la mer, armée par Hougard Marcel, second, Frioux Joseph et Emile Boneteau matelots. Nous partons en sauvetage, nous pouvons mettre une douzaine de personnes à bord que nous envoyons dans le baliseur où l’équipage les hisse à bord et les lave au pétrole car nous les avons pris dans une mer de mazout. Nous avons réussi à mettre 81 personnes à bord du baliseur, 11 sur le St Christophe et 9 sur un chalutier de l’état. Nous avons également mis l’autre embarcation à l’eau, mais elle a rempli et a été recueillie par le St Christophe. Ne voyant plus rien sur l’ eau rapport à la nuit, nous sommes revenus au port où nous sommes arrivés à 23 heures, des camions attendaient qui ont pris les 81 rescapés mais il y avait 5 morts". ![]() Transfert de survivants De nombreux survivants embarquèrent sur différents navires pour l’angleterre ![]() Survivants embarquant sur d’autres navires Le John Holt ramena 1100 survivants du Lancastria, il quitta la rade des "Grands Charpentiers" suivant un bateau guide ; il passa à côté du Teiresia abandonné gîtant sur tribord. Le capitaine du John Holt , Harry Fuller laissa un rapport dont je vous livre un extrait : "Le 17 juin, le Lancastria a été attaqué avant le moment fatal 3-54 Pm . Cunardier touché N°1 3-50 Pm . Sévère gîte sur bâbord 3-54 Pm. Un navire de Blue Funnel a été bombardé 4-2 Pm . Cunardier sombre par l’avant 4-12 Pm. Cunardier sombre sur bâbord 4-15 Pm . Le Blue Funnel est à nouveau bombardé. En vue trois bombardiers ennemis au dessus de nous. 4-23 P.m ordre est donné de ne pas se servir de nos canons à moins d’être attaqués. 4-4O P.m calme. 6-15 Pm ‘Cambridgeshire’ notre remorqueur d’escorte est venu presque sur le lieu du naufrage avec des rescapés du Lancastria. Beaucoup de corps furent inhumés en mer lors du retour". Extrait d’un article de presse le 15 août 1940 écrit par William Hickey. ".....Des listes de ces disparus du Lancastria n’ont pas été publiées pendant 2 mois après la descente du transatlantique ; je suis désolé de ne pas pouvoir vérifier du bureau de guerre ou de la Croix Rouge, le nom du héros de l’épisode suivant après lequel il survécut ; cette histoire a été raconté par Mlle J Harding de Brombey
« .... Mon frère, un sergent de la RAF était l’un des aviateurs qui se trouvaient au fond du bateau quand il a été frappé ; les escaliers d’accès aux cabines étaient remplis de troupes et de réfugiés ; il semblait comme si les hommes se sentaient condamnés. Un sergent principal, mon frère et plusieurs autres, se tenant ensemble, ont été approchés par un aumônier de l’armée, qui leur a tranquillement demandé de mettre leur foi en Dieu et de le suivre. Il les a menés au fond du bateau où se trouvait un genre de sortie sur le côté, environ 6 pieds au-dessus de l’eau. Alors il leur a fait enlever leur habillement lourd avant qu’ils aient sauté. » Le sergent principal ne savait pas nager ou ne pas pouvait nager ; ainsi l’aumônier a enlevé son propre gilet de sauvetage et le lui remit avec les mots signifiant qu’il n’en avait pas besoin car Dieu voulait qu’il reste vivant. Ils ont sauté dans l’eau, le sergent principal a été sauvé avec mon frère.... ![]() Pionners Un sergent de l’AMPC était dans la machine lors de l’attaque, courant vers le secteur des logements, il s’est précipité aux côtés d’une femme française et de son enfant âgé de huit ans ; il les a aidés en les poussant vers le haut d’un escalier entravé par la vapeur qui s’échappait ; pour éviter qu’ils soient brûlés il a tenu des mouchoirs au-dessus de leurs visages. Il les a par la suite mis à bord d’un bateau de sauvetage et les a rejoints. Sergent AMPC ........... "Mon souvenir le plus poignant, raconte J. Br.... est celui d’un canot de survie qui était en descente, lorsqu’un soldat sauta dedans ; le canot se retourna. Tous les passagers tombèrent à l’eau et le canot leur tomba dessus". Le Cdt en second raconte : "A mes côtés, comme je nageais vers une zone moins mazoutée , je vis un homme épuisé, les yeux hors de la tête ; je crachais du mazout également ; je le saisis aux cheveux, puis je nageai en louvoyant. Arrivé dans des eaux à peu près claires, je me tortillai pour mieux le secourir ; alors mon estomac me tomba dans les talons : Ce n’était qu’une tête .." ![]() Un des survivants Le capitaine du baliseur Paul Leferme "Quand sous sommes arrivés sur la zone de la catastrophe, nous étions pétrifiés par ce spectacle. Des centaines d’hommes se débattaient dans la mer. Je fis mettre nos embarcations à la mer pour recueillir les rescapés et les blessés. Nous ne prenions que dix voire douze hommes à la fois car les embarcations ne pouvaient en supporter plus ; avec le maximum nos embarcations s’enfonçaient au ras de l’eau ; c’était horrible à voir. Nous fîmes trois voyages jusqu’au Paul Leferme pour y déverser 65 hommes ; nous avons eu beaucoup de mal à les sortir de l’eau car leurs vêtements étaient couverts de mazout. Les places à bord étaient limitées ; nous devions repousser tous ceux qui étaient mourants pour ne prendre que ceux qui donnaient de meilleurs signes de vie. En me remémorant ces tris humains, mais qui étaient inévitables, j’en pleure encore." ![]() Survivants Beaucoup périront lors du voyage de retour à la maison Sinistres scènes dans l’eau Un marin du Lancastria qui essayait de progresser pour affaler le canot de sauvetage raconte :
« Aussitôt que nous avons été frappés par les bombes, je me suis dirigé vers un des canots de sauvetage ; il était déjà complet avec beaucoup d’hommes à bord ; quand je leur ai demandé de se regrouper pour mettre le maximum de personnes à bord, les autres soldats et toutes les personnes pouvant embarquer ont déferlé pour essayer d’obtenir une place dans le canot de sauvetage.
A ce moment là, le Lancastria a donné une énorme gîte sur tribord et tous les hommes ont été projetés sur tribord. J’ai moi-même traversé le pont en glissant sur mon dos ; ça représentait une énorme pente.
J’ai été jeté à la mer ; c’était indescriptible de voir cette masse d’hommes, cette masse presque solide, ces hommes qui s’accrochaient ensemble comme des mouches couvertes de pétrole épais.
Les hommes, dans un espoir de survie, s’accrochaient entre eux ; certains des soldats étaient terriblement brûlés par l’explosion des bombes, d’autre s’accrochaient à toutes sortes de débris qui flottaient sur l’eau, d’autres nageaient, c’était chacun pour soi, c’était terrible !!!!" En 1940, Frank Cléments était un volontaire de 30 ans à bord du HMS Highlander, un destroyer qui était utilisé pour transporter en bac des troupes du port de Saint-Nazaire au Lancastria ; ses images indiquent l’histoire tragique du Lancastria et sont les seules photographies des derniers moments du navire en détresse. Les marins n’avaient pas l’autorisation d’avoir des appareils photo à bord mais, en tant que volontaire, il est parvenu à garder son appareil photo avec lui partout où il allait ; son plus jeune frère, Arthur Cléments, disait « il était un passionné de la photographie ». Il a pris des milliers de photos pendant ses expériences à la guerre mais il a joué aussi un rôle important dans l’opération de délivrance, attachant son appareil photo pour aider les survivants. Son frère se rappelle « il a même tiré un bébé hors de la mer » ; des soldats avaient reçu l’ordre de ne pas abandonner leurs fusils. Il les a observés se noyer sous le poids de leurs armes ; aussi leur disait-il de s’en débarrasser ; certains les ont laissé tomber mais, tristement, beaucoup n’ont pas écouté. C’était une chance incroyable de prendre des photos car, premièrement, c’était d’avoir un appareil à bord comme c’est écrit plus haut mais deuxièmement il n’avait aucun film pour son appareil ; or il s’est avéré que, juste avant d’embarquer, il venait de rencontrer un marin sur son chemin à Saint-Nazaire avec qui il a permuté un film pour une paire de chaussettes ; et c’est avec ce film qu’il a pris les seules photos du naufrage du Lancastria. Quand il est rentré au Royaume-Uni, M Cléments remit des copies de ses photos à un homme qu’il a rencontré dans une publication. Les images ont alors été vendues à la presse ; bien que M Cléments n’ait jamais fait d’argent avec elles, ces images sont devenues maintenant d’une valeur inestimable pour l’association du Lancastria afin de faire connaître l’histoire du bateau condamné. ...... Marie Rolland de Guémené Penfao Agée de 67 ans et impotente , elle recueillit 47 membres de l’équipage du Lancastria, avant qu’ils ne puissent regagner Londres. Elle s’occupa aussi du réseau Buckmaster Oscar et reçut la reddition du général-commandant allemand de la « poche de Bouvron ». « C’est à une vieille femme que vous venez vous rendre » lui dit-elle . Elle fut faite compagnon de la Libération par le général de Gaulle, pour services exceptionnels rendus à la Résistance . La SNSM et le Lancastria « Le 17 juin 1940, alerté à 15h30 le canot de sauvetage à moteur Coleman appareille immédiatement pour se porter au secours des naufragés du Lancastria chargé de 7000 hommes environ qui vient de recevoir une bombe incendiaire de très forte puissance. Le navire a coulé en moins de 20 minutes et la mer est recouverte d’une forte masse de mazout , rendant particulièrement pénible le sauvetage des soldats . Ces derniers absorbaient du mazout en grande quantité. L’équipage du Coleman est sorti sous le bombardement et a fait preuve du plus grand dévouement. Malgré les difficultés signalées résultant du mazout. ils ont sauvés 48 soldats dont quelques blessés. C’est surtout pour cette raison que le Coleman est dirigé vers Saint-Nazaire et on les hospitalise sans retard. On ne peut évaluer actuellement le nombre des hommes sauvés car un grand nombre de bateaux sont venus prêter assistance. Le Coleman est arrivé dans la nuit à 22h30 à Saint-Nazaire et est revenu le lendemain au Pouliguen où il s’amarre à 12h30 » Le président du comité de sauvetage A. FEYZEAU Le 17 juin 1940 le sous-marin italien PROVANA II est éperonné par la Curieuse devant Oran provoquant la mort de 62 victimes.
Le 18 juin les allemands sont à Caen et à Rennes Le 22 juin dans le même wagon de chemin de fer que celui où avait eu lieu la signature de la reddition de l’Allemagne à l’issue de la 1ère guerre mondiale, la France accepte les conditions impitoyables de l’armistice imposées par l’ennemi, les 3 /5 de son territoire sont désormais occupés par les allemands, les effectifs de l’armée sont réduit à 100 000 hommes. Pour la France le bilan de cette guerre éclair est humiliant : 120 000 morts du côté français contre 27 000 du côté allemands. Le 22 juin à 13h30 les autorités civiles de Saint-Nazaire ont rencontré des allemands et la première mesure d’occupation était décidé : le couvre feu de 23h à 6h du matin. Les représentants de la ville (maire et sous-préfet)ont signé une affiche appelant au calme. Hors-d’œuvre variés Consommé Masséna Thick Ox Tail Soup Fried Fillet of Cod Colbert Crab Salad, Mayonnaise Macaroni au gratin Saute of Ox Tail, Nohant To Order from the grill Cold buffet Par la suite .... Un mois après le naufrage, un survivant qui se trouvait être un capitaine dans l’armée se promenait à Devon en Angleterre quand il vit une affiche représentant le Lancastria. Le texte vantait le service à bord et le proposait aux clients des croisières de luxe en méditerranée. Ce jour là, la perte de l’ancien transatlantique ainsi que les hommes était encore un secret d’état............. Des corps sont arrivés cet été là partout sur la côte, de Piriac à l’île de Ré, mais surtout sur Saint-Nazaire, la Baule, la pointe de Saint-Gildas, la baie de Bourgneuf, Noirmoutier, et l’île Yeu. Les corps n’arrivaient pas ensemble comme le raconte M Boutin dans son livre qui donne pour exemple la ville de Moutiers-en-Retz, le premier corps arriva le 28 juin soit 11 jours après la tragédie, ensuite le 11 juillet pour 16 cadavres, le 12 juillet : 34, le 13 juillet : 9, le 16 juillet : 33, le 17 juillet 6, et le 19 juillet 30. Soit un total de 129 dont 45 inconnus « Known unto God » Les gens de la côte, marqués à jamais par ces souvenirs, ont donné durant la guerre une sépulture à toutes ces victimes. La population guettait l’arrivée des noyés sur la plage pour les enterrer immédiatement, car il faisait très chaud. Dans le cimetière avait été creusé une tranchée et les corps étaient déposés entre deux couches de paille, les cadavres étaient presque à ras de la surface du sol raconte M Boutin. Lorsque cette tranchée fut plaine les soldats étaient enterrés en arrière de la digue de Minselles dans le sable des dunes entre Les Moutiers et le Collet . Après la guerre ils furent relevés et regroupés à Pornic mais l’endroit porte toujours le nom « Cimetière des Anglais »et le chemin qui y mène a été baptisé « chemin du Lancastria » Certaines communes pouvaient installer les corps dans des cercueils. Ainsi, au Clion-sur-Mer, le maire de la commune fit abattre tous les grands arbres de la propriété de la Millassière pour en fabriquer, mais ce fut un acte assez rare. A la baule, une française Mlle louise Jaouen entretenait fréquemment les « war graves » au risque de sa vie, elle fit mettre des croix blanches. Le jour de la Toussaint, le curé d’Escoublac les bénit. Des officiers allemands étaient présents. . . .. . M. Noblanc a donné beaucoup de son temps à l’association du lancastria, il décéda en 2004 Monsieur Noblanc et son père furent les premiers à secourir les rescapés à bord de leur chalutier. Par la suite, Gaston Noblanc entra dans la résistance. . .. . .
Vers le mois de janvier 2005, suite à mes recherches sur Internet, j’ai eu la chance d’être en contact avec le petit-fils de M Holt et je le remercie de m’avoir envoyé la photo des médailles que sa famille a reçues suite au décès de son père lors du naufrage du Lancastria ![]() Pour marquer le 60ème anniversaire du naufrage du Lancastria, l’association organisa le 17 juin 2000 un pèlerinage pour 21 des 2477 survivants ; d’un âge entre 80 et 90 ans ils ont pu se rendre sur l’épave pour se rappeler les camarades qui n’ont pas eu leur chance ; c’est avec le concours du HMS Shetland, qui est venu spécialement à Saint-Nazaire, qu’ils ont pu se rendre sur les lieux du naufrage. Au cours de leur séjour ils se sont rendus aux différents cimetières de la région tels que Pornic, La Baule etc... Le 17 juin 2000 ressemblait étrangement au 17 juin 1940 : le ciel était bleu et la chaleur identique. Des couronnes de fleurs ont été jetées à la mer, puis le HMS Shetland rendit hommage suite aux morceaux de musique joués sur le navire.
![]() Groupe de survivant du Lancastria ![]() Plan du Lancastria Le « Daily Mirror » du 26 Juillet 1940 Paru près d’un mois et demi après le naufrage, il indique sur sa première page, en gros titre : 2823 morts sur 5300 hommes embarqués. Le journal avait intérêt à minimiser les pertes, car le naufrage venait juste d’être annoncé par l’Amirauté. En fait, ces chiffres sont loin du compte car il y avait 9000 hommes à bord et les pertes s’établissent entre 4000 et 7000 noyés ou tués. Ce qui frappa les rescapés ce fut le grand nombre de personnes à bord, nopn seulement des soldats, mais aussi des femmes et des enfants. La conclusion de tous les témoignages est « The Ship being overcrowded » copyright Yves Beaujuge copyright Association Lancastria Angleterre copyright Mark Hirst Ecosse Aucun document n'est attaché à cet
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