La Tragédie du LANCASTRIA

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M Hills
Mis en ligne : dimanche 26 juin 2005, par Yves

Témoignage de M Hills reçu par sa fille au mois de janvier 2005

Nous avions mis une longue période pour atteindre Angers. Quelques officiers et autres rangs sont partis pour reconnaître d’éventuelles pistes d’atterrissage mais je ne me souviens si cela a été accompli. Finalement nous avons rejoint Angers où nous renforcions des milliers d’autres soldats dont beaucoup de l’armée de l’air. Après 2 ou 3 nuits à bivouaquer à l’extérieur de la ville nous avons détruit tous les dépôts de G1098 et saboté toutes les machines même les inutiles, ensuite nous marchions au pas en convois pour le port de Saint-Nazaire. Nous sommes arrivés le 17 juin 1940 à dix heures du matin après une marche de 7 milles, beaucoup d’entre nous avions de nouvelles bottines récupérées au G.1098 avant qu’elles ne partent en fumée, nous étions très fatigués, grognant et bougonnant, nous savions qu’il n’avait rien d’héroïque suite à l’évacuation de Dunkerque 1 mois auparavant. A 11 heures nous sommes embarqués sur le Lancastria de la compagnie Cunard, une fois à bord nous sommes dirigés par un membre de l’équipage sur le pont arrière.
Aux alentours de 14 heures, très affamés nous sommes descendus au pont inférieur et prenions un bon petit déjeuner accompagné d’un thé chaud servis par des serveurs en uniformes, sur les tables les couverts d’argent étaient déjà positionnés. A l’intérieur nous ressentions une chaleur étouffante du à un soleil radieux, je décidais de remonter pour ôter mes bottines qui me torturaient les pieds, je me suis reposé sur mon sac car nous avions eu l’autorisation de les embarquer avec nous. Teddy Perfect me dit : ‘pourquoi sommes-nous toujours au mouillage, nous sommes comme un canard qui attend’ personne ne répond car nous semblions perdu dans nos pensées. Cela nous semblait évident que nous nous échappions de la France, nous n’avions aucune nouvelle, juste des rumeurs. A Saint-Nazaire un de nos officiers avait souhaité bonne chance et ‘au revoir’ aux français (nazairiens)

Vers 16 heures plusiseurs stukas volaient, un a laissé tomber ses bombes et nous manquait à 50 yard (45 mètres) , nous avions acclamé et les artilleurs ont commencé à tirer sur ces avions mais cela est resté vain. Un autre stuka est arrivé par le soleil, d’un seul coup le navire trembla, nous hurlions ‘il nous a eu le bâtard’ mais il nous a surtout bien visé car il n’y avait aucune chance pour ceux qui se trouvaient dans le fond du navire. Peu de minutes ont passé quand le Lancastria a commencé à s’incliner sur tribord, nous portions des gilets de sauvetage dont j’en fis usage. Des cris arrivaient ‘tous sur le côté’ !!!! ‘Chacun pour soit’ !!!! Nous soulevions de grands radeaux de sauvetage, j’aidais à en mettre à l’eau, une échelle de corde est installée sur le côté, j’y descends rapidement aussi vite que je peux des pieds me frappant la tête. En ce temps le bateau prenait un angle important, il est dit que l’on voit le flash de sa vie comme un film, non ce n’est pas ainsi, j’étais trop occupé pour savoir où aller. Maintenant la mer était remplie de nageurs luttant pour leur vie, je me poussais en dehors pour attraper un canot de sauvetage se trouvant à quelques mètres mais il s’éloignait de moi rapidement plus vite que je ne pouvais nager car je n’étais pas un bon nageur. Je portais mon gilet de sauvetage qui me rendait incapable d’atteindre le canot. Je découvrais un radeau entouré de têtes qui me semblait plus proche donc je me mis à nager pour finalement saisir une boucle de corde, on m’a tiré le long , ensuite avec ma main droite je nageais pour éloigner le radeau du Lancastria, plusieurs fois j’étais attiré vers le fond comme si le radeau se retournait cela durait de longues minutes

Temporairement je commençais à penser à ma famille et mes amis, nous étions suffisamment loin du Lancastria complètement retourné, les hommes essayaient de grimper sur la coque par n’importe quel moyen c’était étrange de voir ça, le mazout était partout, s’éloigner du bateau était le but de chacun, j’étais épuisé. D’un coup un canot peint en jaune longeait le long de notre radeau, je ne lâcherais pas avant que je sois sur d’être secouru par le canot qui s’approchait de nous, à la fin on m’a aidé en me saisissant par mon pantalon, j’étais totalement épuisé. Le canot à rames nous embarqua sur un chalutier français, j’enlevais ma veste pour me sécher, ensuite le HMS Havelock approchait le chalutier. Nous sommes embarqués à l’aide de filets, j’en perdis ma veste, un marin la récupéra et me dit qu’il la lancera après mon embarquement, il le fit mais je la manquais, il recommençait mais vu la hauteur importante ma veste passa entre les deux navires ainsi que mes papiers, une photographie et un mirroir en métal. Les gens du bateau nous envoyaient dans la salle des officiers où nous sommes alimentés avec du thé chaud et des biscuits. Lors du voyage de retour pour l’Angleterre nous naviguions sur une mer calme quand l’on appris que l’armée française avait capitulée et Pétain signait l’accord de Vichy, nous avions peur d’en parler car nous avions l’impression d’être partis en courant, le fait d’être vivant et le sens de la honte nous intimidait.

En arrivant à destination, je recherchais partout sur le Havelock mon pantalon qui était trempé, mais quelqu’un l’avait pris pour le sécher mais jamais je ne le récupérais, si bien que l’on m’a fourni une couverture du bateau pour débarquer à terre. Une fois à terre je suis saisi par deux infirmières pour me diriger vers une ambulance. Après 2 ou 3 jours de repos était venu le moment des questions et de donner le nom de nos unités pour qu’un premier tri soit fait et pour avertir nos régiments respectifs de notre présence et surtout pour évaluer les manquants, nous avons appris plus tard que pour notre compagnie perdait 9 soldats dont le capitaine Dennison. Je téléphonais à mes parents qui étaient très enchantés d’avoir de mes nouvelles, mais aucun congé n’était prévu pour leur rendre visite. Un autre camarade de travail manquait à l’appel c’était un chauffeur très gentil et très comique avec les officiers, il était un incorrigible plaisantin, à Nantes il avait trouvé quelques photos pornographiques, il les avait gentiment colorés si bien que ces photos d’art devenaient affreuses à regarder. Il les montrait à tous et tout le monde voulait les voir, ensuite il les mit dans sa veste en jurant qu’il ne les donnerait à personne, pauvre vieux ‘Matey’ avec ses images au fond de la mer. J’ai revu M. Teddy Perfect avec qui j’étais à côté lors du naufrage du Lancastria, il avait ses deux mains bandées suites aux graves brûlures attrapées lorsqu’il est descendu d’une échelle en corde le long du bord.

Nous avons eu un billet pour rejoindre notre nouveau quartier général situé dans une grande maison dans le parc d’Allerton, chacun voulait connaître les détails de chaque soldat évacué de la France. Mon histoire sur l’évasion après Dunkerque dont les gens ne semblaient pas que cela soit spectaculaire. L’histoire du Lancastria semblait un peu au sommet mais souvent on entendait ‘Oh vous n’étiez pas à Dunkerque’ puis ils ont perdu leur intérêt quand je leur racontais notre évacuation de France par Saint-Nazaire. Le désastre, la perte la plus importante de vie en mer, presque 3000 vies ont été perdues, Churchill pensait que cela serait mauvais d’en parler pour le moral des troupes

Robert Hill rejoint l’armée le 17 octobre 1939 comme soldat dans le géni R-E, en 1940 il servait comme caporal dans la C.E.R N°2 Airfields, forces avancées aériennes de frappes à Troyes juste avant l’embarquement sur le Lancastria. Par la suite il servit dans le nord de l’Afrique, la Perse et l’Inde, il finit comme sergent de personnel.

Après la guerre il passait environ 40 ans à travailler en Irak, Qatar et le Liban. Il prit sa retraite au Portugal et fini au Royaume-Uni.

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