La Tragédie du LANCASTRIA

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M. Lugez
Mis en ligne : samedi 25 juin 2005, par Yves

Le 17 juin 1940, 14 ans était mon âge, originaire de Lilles nous évacuions cette ville le 6 juin 1939 pour rejoindre notre tante à Pornichet en Loire-Atlantique. A 11 h du matin ce 17 juin 1940 j’aperçu des stukas sifflant, j’en comptais environ 3, ils étaient venus survoler la rade de Saint-Nazaire en reconnaissance.

Cette journée là était ensoleillée et agréable. Dans l’après midi ces avions revenaient aux environs de 16 heures pour bombarder le paquebot Lancastria qui se trouvait au large de Saint-Nazaire, suite aux bruits et aux nouvelles tout le monde se précipitait le long du rivage pour contempler les bombardements ‘ils bombardent les bateaux sur rade’ racontaient les gens. Je me souviens d’avoir vu couler le bateau en très peu de temps, c’est allé très vite.

En 1940 j’adhérais à l’association de la Croix Rouge, au mois de juillet 1940, un mois après le naufrage du Lancastria des centaines de corps arrivaient sur la côte, des corps mutilés, des corps dans des états pitoyables (1). Nous les plus jeunes n’étions pas autorisés à toucher les corps, notre mission consistait à parcourir après chaque marée les plages pour relever l’emplacement des corps, ce qui nous a beaucoup choqués. Souvent pour nous encourager on nous disait ‘faut y aller les gars’ mais nous étions très marqués par ce que l’on a vu sur les plages .Les allemands ne s’en occupaient absolument pas.

Les allemands nous cherchaient partout pour travailler, mon frère et moi sommes pris pour le travail obligatoire dans le camp Mazy (camp de la marine allemande), le quotidien dans ce camp était des coups de pieds à longueur de journée et rien à manger mais pour eux c’était la seule manière de nous empêcher de partir donc travail obligatoire, mon frère roulait des brouettes remplies de sable sur du sable mou imaginez les efforts pour réaliser ce travail et rien dans le ventre pendant 8 heures, ‘nous avions la frousse des allemands’ .

Nous avons quittés la poche en février 1945 pour Nantes, par la suite nous sommes restés à Lilles mais plus rien ne restait de chez nous, nous sommes donc revenus en août 1945 à Pornichet , y avait tout à reconstruire, jamais nous ne parlions de la tragédie du Lancastria. Je peux dire que je n’ai pas eu une enfance terrible !!!!!
(1) sur la demande de M Lugez je n’ai pas insisté sur l’état des corps qu’il récupérait sur les plages

M Lugez
M Lugez

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