La Tragédie du LANCASTRIA

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Madame Loréal
Mis en ligne : samedi 25 juin 2005, par Yves

Témoignage de Madame Loreal le 18 novembre 2004

A la déclaration de la guerre en 1939, j’habitais rue de la Veille Eglise au Petit Maroc à Saint-Nazaire. Les anglais, nos alliés, sont arrivés par bateaux et se sont installés dans les docks, les hangars, les maisons, près du port. Tous les matins, certains venaient se laver à la pompe à eau située devant ma maison.

Beaucoup d’événements devaient arriver : bombardements, départ précipité du Jean Bart. L’envahisseur avançait en France. Les anglais commençaient à nous distribuer des victuailles (boîtes de corned-beef par exemple) et se préparaient à rejoindre l’Angleterre.

Le 14 juin 1940, un long défilé de soldats anglais descendait des environs de Savenay et se dirigeaient vers le port, jetée Est. Une noria de bateaux, remorqueurs, bateaux de pêche, embarquait les troupes pour les amener sur le Lancastria (bateau transporteur de troupes), mouillé au phare des Charpentiers. Chaque anglais espérait rapporter des souvenirs de France (photos, foulards, etc ..) dans des cantines, mais à l’embarquement, seuls les soldats avaient le droit de prendre place. Beaucoup de français héritèrent de ce qui restait sur le quai.

Ce jour-là le temps était magnifique. Le chargement des hommes était pour ainsi dire terminé quand des bombardiers allemands sont arrivés en piqué sur le Lancastria, et là ce fut le désastre. Tous les hommes étaient à la mer dans le mazout. C’était l’horreur. Tous les petits bateaux qui avaient participé à l’embarquement se sont dirigés sur les lieux du drame pour porter assistance aux naufragés. Le bac qui reliait Saint-Nazaire à Mindin participait également au sauvetage. Les premiers blessés étaient dans un triste état. Ils étaient emmenés aussitôt à l’hôpital en camions. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus car sitôt le naufrage c’était « sauve qui peut ». Tout le monde partait, même nous, c’était la vraie débacle.

Quelques jours plus tard des corps s’échouaient sur les plages ainsi que du mazout. Il était formellement interdit d’aller sur le bord de mer par crainte de fuite en bateaux, les allemands ayant installé des chevaux de frise. Peu de soldats s’en échappèrent, ce fut une catastrophe.

Une autre épreuve nous attendait dans le vieux Saint-Nazaire, ce fut l’Opération Chariot, le 28 mars 1942, un coup de main des anglais, dont le but était de détruire la cale Joubert, seule apte à recevoir le redoutable cuirassé Tirpitz qui sillonnait l’atlantique et qui devait venir en réparation. La nuit fut épouvantable avec l’arrivée du Campbeltown et une multitude de vedettes rapides. Le lendemain, le cuirassé chargé de dynamite explose vers midi, à l’entrée de la cale Joubert. Les cadavres jonchent les rues et sont ramassés dans des camions découverts. Les allemands en furie voient des anglais partout et nous soupçonnent d’en cacher. On nous chasse de nos maisons. Après avoir passé une nuit dans un blockhaus sur le boulevard, des cars nous embarquent pour une destination inconnue. Nous avons d’abord cru vers Châteaubriant, mais c’était un camp à Savenay (actuellement le champ de course) dans des baraques de prisonniers. Nous étions 1500. le lendemain, après avoir parlementé avec le maire de Saint-Nazaire et le préfet nous sommes rentrés par un train spécial. Là, interdiction d’occuper nos maisons, nous mangions chez les sœurs des pauvres et couchions dans les dortoirs de l’Ecole Sainte-Thérèse, rue du Bois Savary.

Le 28 février 1943, j’étais présente au bombardement, c’était horrible. J’ai évacué la ville début 1943. je suis revenue en 1945. la priorité était de reconstruire la ville. Saint-Nazaire et ses habitants ont beaucoup souffert de cette guerre.

Le naufrage du Lancastria avec ses 6000 hommes, ainsi que l’Opération Chariot (fait d’armes très important dans cette guerre) furent malheureusement très vite oubliés des français.

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