La Tragédie du LANCASTRIA

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Témoignage de M. Walter Hirst
Mis en ligne : mardi 14 juin 2005, par Yves

Walter Hirst s’était enrôlé dans la 663ème Artisan Works Company, en décembre 1939, il est envoyé dans le sud-est de l’Angleterre pour une formation de base le 9 janvier 1940. Cette formation dure deux semaines et c’était loin d’être une partie de plaisir, les fusils ainsi que d’autres armements sont difficiles à obtenir avec pour exemple : l’entraînement se réalisait avec des armes de 1914 probablement des armes que leur père avaient utilisés pendant la 1ère guerre mondiale.

La majorité de la 663 est finalement envoyée en France le 26 janvier 1940, dont plus de 90 ne reviendront pas, certains d’entre eux sont envoyés par train de bétail à Saint-Nazaire, le voyage dura 3 jours, parmi ce groupe se trouvait Walter Hirst et Cyril Cumbes. Le lendemain matin la compagnie se dirigea vers Nantes pour une durée de 4 ½ mois, la 663 s’est mise au travail aussitôt pour la construction de camps et de bâtiments afin d’entretenir le terrain d’aviation de Bouguenais. La rumeur se propageait que la grande armée était en retraite et que les Allemands débarquaient en France, Belgique et Grande-Bretagne. Cependant le commandant Morgan de la compagnie appela ses hommes pour un défilé le dimanche matin du 16 juin, il donna aux hommes les nouvelles que la France était sur le point de capituler et en conséquence la compagnie doit se tenir prête à partir immédiatement pour Saint-Nazaire via Savenay. Walter quelques jours avant devait entendre sur la BBC que la force expéditionnaire britannique avait « complètement » et avec succès évacué la France et entendit que la majeure partie de l’armée britannique a été évacuée à Dunkerque deux semaines plutôt.

A neuf heures du matin les hommes embarquaient dans les camions pour le port de Saint-Nazaire, un chauffeur de camion M. Brown signala que les routes étaient assez tranquilles et qu’il n’avait pas eu de difficultés pour atteindre la ville côtière. Malheureusement quand ils atteignirent le centre ville, des sirènes retentirent pour annoncer des raids, Walter et ‘Chick’ (Charles Napier) et le reste de la compagnie ont passé le reste de la nuit sous un escalier.

Sapper Walter Hirst - 30.4 ko
Sapper Walter Hirst

Percy Brown

M Cumbes en France à Saint-Nazaire
M Cumbes en France à Saint-Nazaire
Charles Napier et Percy Brown en 1976
Charles Napier et Percy Brown en 1976

Le matin du 17 juin 1940 par un début de matinée fraîche et ensoleillée les hommes commencent à marcher en directions des quais pour embarquer, fatigués ils ont dû attendre un certain nombre d’heures le long du quai pour finalement s’embarquer sur le Titan (remorqueur français pouvant embarquer 400 hommes) Tous ces hommes doivent être transférés sur de grands troop ship ancrés à quelques milles de saint-nazaire, 47°09’ N et 002°20’ W est la position du Lancastria ainsi que le repos final pour plusieurs hommes de la 663.

Les troupes embarquent sur les deux plus grands navires se trouvant sur zone : Le Lancastria et l’Oronsay qui venait juste d’arriver (l’Oronsay est un transatlantique également réquisitionné), deux destroyers le HMS Hightlander et le HMS Havelok font la navette entre Saint-Nazaire et les transatlantiques. Le Titan s’approcha du Lancastria, l’officier de chargement informe M Morgan qu’il n’est pas disposé à embarquer d’autres hommes car il y a au moins 7200 personnes à bord, Morgan répondit que ce n’est pas avec 242 de plus que ça allait faire une grande différence, le maximum du Lancastria était de 2180 personnes équipage compris, le capitaine Sharp a déjà reçu l’ordre de charger autant de personne que possible, cet ordre devra être une décision mortelle. Une fois embarqué M Brown trouvait un certain confort sur le pont avant, sur le pont également se trouve Walter rencontrant le soldat ‘Chick’ qui lui remis un gilet de sauvetage, Walter pense qu’il ferait un super oreiller pour le voyage, Napier (Chick) n’a jamais revu Walter et n’a su qu’il a survécu au naufrage qu’en 2OO3.

Une fois embarqué Morgan reçoit l’ordre de trouver 60 hommes et un officier pour protégé les canots de sauvetage et le pont de bateau, Morgan ordonna à l’officier de faire feu seulement « en cas de nécessité », Morgan expliqua que ses hommes sont restés 72 heures sans dormir et demanda s’ils pouvaient se reposer pour une durée de 4 heures ainsi commencerait leur garde à 19h00. Cependant Morgan, à 15h20 inspecte le pont et n’aperçu aucun garde de sa compagnie, la section 2 de la 663 s’est reposée sur le pont, si bien que le sergent major Meollow demanda à Morgan de l’accompagner dans sa cabine (n°69) pour lui demander de placer une garde sur le pont du bateau. A ce moment là un avertissement aérien retentit, une minute plus tard un verre cassa et le Lancastria commença à frissonner, les lumières se sont temporairement éteintes, en sortant il fut témoin de la panique et entendit des femmes crier.

Major George Morgan
Major George Morgan

Avant que le navire relève l’attaque, il était rempli de soldats, certains réfugiés ont marchés de la Belgique à Saint-Nazaire devant les allemands qui avançaient très vite en direction des ports de l’Ouest. Par un hublot Walter est témoin de l’attaque de l’Oronsay ce qui le décida à monter sur le pont , il commença à monter les escaliers contre les ordres car il se devait de rester garder son poste.

Le capitaine de l’Oronsay réussira plus tard à faire route sur Plymouth en utilisant une petite boussole, ce navire a également été construit en 1925 sur la rivière Clyde. Le Lancastria est maintenant plein, le second capitaine Grattidge reçu un signal du destroyer voisin lui demandant, si son chargement est fini et si cela en est le cas il lui suggéra de faire route, le second capitaine lui posa la question s’il y avait une escorte pour l’accompagner, le destroyer n’a pas répondu et le capitaine Sharp trouvait plus sage d’entreprendre le voyage du retour avec une escorte cela lui semblait plus approprié.

Percy Brown est au milieu du navire quand le bombardement a commencé, il s’est mis à courir et réalise qu’il doit fuir, il plongea dans une soute par une trappe de la cale n°2, pendant qu’il observe ce qu’il lui semblait fou il voit une bombe tomber dans l’eau sur le côté bâbord du Lancastria, une autre bombe tombe en heurtant le panneau de cale n°2. Percy n’a pas entendu l’explosion, assommé il s’est assis là en se secouant la tête essayant de comprendre ce qu’il se passait, le panneau de cale juste à côté de lui avait été soufflé complètement au loin, ce panneau était de la taille d’un salon, 20 pieds plus loin il aperçut un cadavre complètement déchiqueté, un contingent de la RAF d’environ 800 personnes se trouve à l’intérieur de la cale, les flammes ainsi qu’une fumée commence à sortir par ce panneau. Une autre bombe tombe droit dans la cheminée (démenti par la suite), sur le pont l’officier appelle la machine « ... chambre des machines !!! engine-room !!!! » aucune réponse n’est revenue. Le second capitaine regarde fixement le capitaine Sharp avant de saisir un mégaphone et ordonne à l’équipage de libérer les canots de sauvetage et maintenir un espace à l’accès, quand la fumée de la cale avant se dégage M Grattidge voit un mélange d’huile et de sang, pendant qu’il se tourne, une gerbe d’eau sort de la cale n°4 et compris où avait explosée la 4ème bombe. Après les explosions Walter essaye d’approcher d’un canot de sauvetage mais le pont est rempli de personnes, pendant la descente d’un canot une drisse resta coincée dans le clavier du support, un marin paniqué pris son couteau et coupa l’extrémité des cordages ce qui provoque l’accident, tous les occupants tombent à la mer, pendant ce temps là les avions allemands maintiennent leur attaque en mitraillant les hommes sur l’eau, ces hommes qui essayaient de sauver leur vie, malgré que deux canonniers sur le Lancastria continuent à tirer sur l’avion ennemi.

Le lancastria commence à descendre lentement, il se met à rouler sur bâbord, le chaos s’en suivait, Percy Brown décide qu’il est temps de plonger, il saisit un cordage sur le côté du navire et glisse doucement, ensuite il commence à nager en direction des destroyers Hightlander et Havelock qu’il peut voir au loin, il nage à côté d’un autre soldat de la 663, c’est Jimmy Hurd qui nage tout droit sans trop savoir quelle direction prendre, Percy lui demanda « quelle direction prenez-vous ? » « je nage, je nage..... » répondit Jimmy. Le soldat Hirst décide également de plonger malgré qu’il ne soit pas très bon nageur, quelques hommes avec des gilets de sauvetage ont déjà sauté dans la mer, ils sautent avec des gilets dont la taille ne leur correspond pas, ils se rompirent le cou lors du plongeon, le gilet au contact de l’eau se relevait leur rompant le cou.

La mer est devenue saturée de pétrole brut sortant des réservoirs rompus du Lancastria, Walter est couvert d’huile, il donne un coup de pieds sur le bord du navire pour pouvoir s’écarter, à ce moment là le transatlantique se mis à rouler sur bâbord, Walter est accompagné d’un labrador noir, sûrement le chien d’un réfugié. Les centaines d’hommes se tiennent sur la coque, la plupart n’avait pas de gilet de sauvetage et tous les bateaux de sauvetage qui avaient été largués avec succès s’étaient éloignés, Walter continue de donner des coups de pieds tout en pensant qu’il peut être aspiré par le transatlantique. Soudainement les hommes commencent à chanter « roll out the barrel » qui était un succès de l’époque, ce fut un spectacle véritablement macabre, les allemands continuent toujours à plonger en laissant tomber des bombes incendiaires afin de mettre le feu au fuel qui est partout sur la mer, heureusement ils n’ont pas réussi.

Un officier se tenant à la coque retournée pris calmement son revolver de son étui se retourna vers son compagnon et lui tira une balle au front, ensuite il retourne l’arme vers lui et se tira une balle, alors commençait une lutte effrénée pour ceux qui avaient un gilet de sauvetage et ceux qui n’en possédaient pas, l’horreur de ce qui arrive en dehors n’était rien comparée au destin de ceux qui sont emprisonnés à l’intérieur de la coque, certains hommes qui se tiennent sur la coque peuvent voir par les hublots les hommes emprisonnés, il n’y avait rien qui pouvait être fait pour eux. En conclusion en exactement 24 minutes le transatlantique de la Cunard Lancastria a coulé emportant avec lui plus de 4000 hommes, femmes et enfants, bien que le chiffre exact ne soit jamais connu. Environ 2500 survivants ont été sauvés. Par la suite les corps continuaient d’arrivés sur le rivage le long des côtes partant de Pornichet à Pornic, les gens du pays assuraient un enterrement décent, il y avait à ce moment là une douzaine de cimetières qui possédaient des morts du Lancastria.

Quelques années plus tard Walter rencontra son ami qui lui avait remit un gilet de sauvetage et le remercia car Walter ne savait pas nager et n’oublie pas que sans lui la chaîne familiale serait rompue, donc Mark Hirst le petit-fils de Walter ne serait pas parmi nous en ce moment..

Plusieurs victimes n’ont pas eu le temps d’échapper au naufrage du Lancastria, en 1998 l’association du Lancastria fait un pèlerinage à Saint-Nazaire comme ils le feront en 2000 pour le soixantième anniversaire. L’association se compose de survivants, de parents ainsi que des membres de la famille, cela restera la plus grande catastrophe britannique. Walter a survécu au naufrage et relatait souvent l’histoire à ses parents ainsi qu’à ses amis, Charles Napier a également survécu de même que M Morgan et Percy Brown, plus de 90 hommes de la 663 n’ont pas survécus à la descente du Lancastria. A l’aube du 18 juin un convoi de 10 bateaux avec l’escorte Royale font route pour l’Angleterre, à bord se trouvent 23000 hommes.

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