La Tragédie du LANCASTRIA

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Témoigne de M et Mme Philbert de l’Herbaudière, Noirmoutier.
Mis en ligne : jeudi 30 novembre 2006, par Yves

15 avril 2006, rencontre avec M et Mme Philbert, à l’Herbaudière, Noirmoutier.

M et Mme Philbert, sont tous les deux originaires de l’Ile de Noirmoutier, ils se souviennent de cette terrible journée du 17 juin 1940.
Madame, cette jeune fille âgée de 12 ans, revoit ce magnifique et grand bateau au large de son Ile de Noirmoutier. Elle raconte : « j’ai aperçu les avions bombarder ce bateau ainsi que les bombes explosant sur le navire, c’était affreux !! ».Quelques jours après ce terrible désastre, profitant d’une belle journée ensoleillée. Mme Philbert accompagnée d’une amie, se promenaient longeant le rivage de l’ile. Admirant la mer, elles aperçurent un corps flottant sur l’eau ; très apeurées et soucieuses, elles courraient alerter leurs parents. "Aussitôt mes parents arrivèrent sur le lieu de cette macabre découverte, ils ne voulaient surtout pas que l’on reste là, à contempler notre découverte. Mais "moi" âgée du haut de mes douze ans, persuadée de pouvoir regarder, j’ai fermement dit : « non » et nous sommes restées. Le corps du naufragé était un grand monsieur aux cheveux noirs, dont le corps habillé était couvert de mazout »".

Les jours suivants, de nombreux corps arrivaient sur les côtes de Noirmoutier. C’était l’horreur dans toute sa profondeur. De nombreux corps se trouvaient soit sans tête, sans bras ou sans jambe. Madame, son visage crispé me dit : : « je me souviens d’un jour, dans l’anse de Luzéronde, accompagnant mon beau frère à l’Epine. Nous passions par la plage pour gagner un peu de temps. il me dit : « tourne la tête car il y a un corps nu, sans tête et ni bras », je ne l’ai pas regardé. Ensuite, je suppose que ce soldat devait être mis en fosse commune. De même que les nombreux autres corps retrouvés sur les plages ».

Monsieur Philbert, un homme paisible, me raconte : « une après midi, aux alentours de 16h, quatre avions passèrent au-dessus du port de l’Herbaudière. Nous étions en réunion pour la pêche à la sardine. Nous avons bien entendu les détonations, mais nous n’avons rien vu. Quelques jours plus tard, lorsque nous sommes partis à la pêche, nous ne pouvions pas réaliser que nous allions naviguer parmi des corps. De nombreuses lignes de marée étaient remplies de cadavres, éparpillés sur des distances entre 200 et 300 mètres de long voir plus par endroits. Lorsque les allemands sont arrivés à Noirmoutier, nous avions ordre de ne plus sortir les corps de l’eau, c’était impensable pour nous, il y en avait tellement. Nous devions laisser les corps flotter sur l’eau, c’était horrible  ».

Par la suite, lorsque ces corps arrivaient sur les côtes, ce sont les allemands qui s’en occupaient ; ils les mettaient dans des sacs à pommes de terre. Puis les enterraient dans des fosses communes. « Avec mes collègues marins pêcheurs nous en discutions tous les jours de cette tragédie », me raconte Monsieur Philbert . Les naufragés du Lancastria, enterrés aux cimetières de l’Ile, sont uniquement des corps qui sont arrivés sur les côtes.

Madame : « Nous nous abstenions d’aller jouer sur les plages après ces découvertes de corps ».

Après la guerre, en 1962, des amis de Monsieur et Madame Philbert, sont allés en vacance en Angleterre faire du camping. Ils séjournèrent chez un propriétaire qui par une nuit d’orage les invita dans sa demeure. Cet homme généreux leur demanda d’où ils venaient ; mes amis lui répondirent qu’ils arrivaient de Noirmoutier. Une île située dans l’ouest de la France, dans le département de la Vendée. Surpris le propriétaire, répondit qu’il avait son plus grand ami enterré sur cette île, mais il ne connaissait pas le nom du cimetière.

Lors de leur retour, nos amis nous racontèrent leur étrange histoire. Intrigués, M et Mme Philbert situèrent la tombe du soldat au cimetière de l’Herbaudière. C’est celle de Monsieur Ernest Edwin Payne, né le 26 décembre 1919, mort à l’âge de 20 ans ce 17 juin 1940. Il exerçait le métier de charpentier de marine. Il était parti pour la guerre en 1939. Le père de Ernest, lui aussi parti à la guerre, est mort 15 jours avant ou après son fils ; le père et le fils n’ont jamais appris que l’un et l’autre sont morts. Mr Payne, père est enterré en Irlande, il avait 48 ans, noyé lui aussi.

Le 26 mai 1940, Ernest écrivait à sa mère : « Chère maman, juste quelques lignes pour te dire que je suis ok, ici le temps est très chaud, chez vous aussi j’espère. Nous dormons dans une tente. Nous sommes au camp à dormir dans ces tentes. Vous n’avez pas d’adresse pour m’écrire, mais ce n’est pas approprié car il y aura un long temps avant que vous répondez. Nous sommes bien et ne vous inquiétez pas. Je suis très désolé de ne pas écrire avant. Votre fils affectueux ».

Les années suivent et Madame Philbert continue à fleurir la tombe d’Ernest ; elle est toujours en contact avec sa famille. Encore aujourd’hui elle se pose la question : « serait il possible ou pas que le corps que j’ai vu sur la plage lors ma promenade avec ma copine soit celui d’Ernest. On appellerait ça la fatalité ». Depuis 1988, George Payne, frère d’Ernest venait tous les 2 ou 3 ans sur la tombe, avec l’âge et les ennuis de santé, ne pouvant plus venir c’est son fils qui pris la relève .

En 2004, le neveu d’Ernest est venu visiter la tombe de son oncle, ce fut un moment très émouvant pour toutes les personnes présentes. A certaines cérémonies du Lancastria, nous représentons la famille Payne. Nous ne pouvons donc pas oublier

Aujourd’hui, Madame : « je pense toujours au Lancastria ». Monsieur : « A tout moment j’y pense »

Ernest Payne
Ernest Payne


Ernest Payne, avant de partir à la guerre
Ernest Payne, avant de partir à la guerre


M et Mme PHilbert.
M et Mme PHilbert.

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