Le Désastre

 

Le 17 juin 1940 l’embarquement commence

 

Le Lancastria mouille son ancre à 06h00 du matin à environ 4 milles du rivage par une profondeur de 21 mètres. La 31ème division d’infanterie allemande traverse le fleuve de la Loire au niveau d’Orléans, devant elle, restait la force expéditionnaire britannique avec plus de 150 000 hommes, toutefois plusieurs unités avaient réussies à s’échapper deux semaines plus tôt par Dunkerque. Pour le Lancastria la journée commençait par une matinée fraîche et ensoleillée , l’équipage était loin de se douter que les allemands étaient à seulement 25 milles du port de Saint-Nazaire .Sur rade se trouvaient également de nombreux navires civils et militaires tel que :  HMS Cambridgeshire, HMS Havelock, HMS Highlander, HMS Punjabi, HMS Vanoc, Oracle, Oriel, Oronsay, John Holt, Robert L Holt, City of Lancaster, Baharistan, Clan Ferguson, Floristan, Ulster Prince, City of Mobile, Cymbula, Fabian, Glenaffric et le  HMT Lancastria. 

Entre 07h00 et 08h00 M Grattidge prépara le Lancastria en raison des premiers bateaux qui commencent à faire route sur le Lancastria .

 L’une des  premières  grande unité  à arriver le long du Lancastria fut celle de la RAF, deux cents hommes et huit officiers avec le commandant de l’unité  M Douglas Macfadyen qui fut dirigé vers une cabine. Son contingent fut placé dans les cales 1 et 2, les unités suivantes de la RAF principalement l’équipage du 73ème escadron  sont également orienté sur ces deux cales si bien que dans l’après midi  plus de 800 personnes sont serrées à l’intérieur. Matelas et palliasses sont  étendues sur toute la surface du sol  formant un tapis épais, un des hommes le sergent Ivor Jenkins tremblant dit : « c’est comme une morgue » .

Pendant que les soldats de la RAF embarquent toujours, certains descendent au pont inférieur « D » pour le trouver entièrement occupé.

 

 

 

 

Membre du 73ème escadron avec l’emblème

de la compagnie

 

 

 

Le floristan

 

 

 

HMS Highlander

 

 

 

 

HMS Agathe (ancien chalutier)

 

A toutes les personnes qui embarquent il leur est remis une petite carte ressemblant à un billet, un sergent de la RAF Harry Strudwick possède un billet portant le numéro de  cabine 118 au pont B, après avoir cherché cette cabine parmi le labyrinthe des couloirs il découvrit huit personnes pour trois couchettes.

 Deux ou trois soldats décidèrent de faire un tour à l’extérieur tandis que les autres  restent  pour faire une toilette et un rasage bien nécessaire , le sergent Strudwick n’a jamais revu ses camarades de cabine, il n’a jamais su ce qu’ils sont devenus et n’a jamais appris leurs noms.

 

 

 

 

Le HMS Highlander faisant route sur le Lancastria

 

 

Durant cette journée du 17 juin 1940 le capitaine Scott Bowden de la 53ème compagnie des pionniers embarque avec ses hommes sur le HMS Havelock. Pour lui il est  évident que le Lancastria était surchargé. Une fois à bord il lui fut attribué une cabine  de 2ème classe avec quatre couchettes , il découvrit lui aussi  que sept autres officiers ont la même cabine, rapidement il alla voir le commissaire de bord qui lui répondit :  monsieur désolé mais c’est le mieux que je puisse faire pour vous , vous êtes déjà chanceux de posséder une couchette car trois devront dormir sur le plancher dont deux colonels  .

En attendant un petit déjeuner fut servi dans la salle de restaurant ;  pain cuit lors du voyage , pamplemousse, lard,  œufs, pain grillé,  confiture, café etc. …. Le salon du coiffeur fait le plein, les soldats n’ont pas vu de coiffeur depuis plus de six mois.

 

D’après les témoignages d'officiers rescapés, 9000 personnes se trouvaient à bord et les pertes s’établissent entre 4000 et 7000 noyés ou tués. Un des derniers à embarquer à  bord du Lancastria, un soldat  P.H. FAI…. affirme dans sa déposition avoir entendu un officier dire qu’il y avait plus de 9000 personnes à bord.

 

Le chef d’escadron Shipp et l’officier Bod Doig se sont retrouvés sur le pont et redescendirent car de nombreux  avions  patrouillaient sur la zone. Sur leur chemin ils empruntèrent un gilet de sauvetage et se rendent dans la salle du restaurant. Durant ce temps ils se vêtirent de leur gilet  par dessus  leur veste afin éviter de les porter.  Un membre de l’équipage du Lancastria n’a pas considéré que la vue des hommes portant des gilets de sauvetage était un excédent de prudence.

 

Hugh Johnston était un des marins naviguant sur le Lusitania quand il a été descendu sur la côte Irlandaise en 1915, mais ce qui devait arriver au Lancastria éclipserait cette tragédie de plusieurs fois le Lusitania

 

Le désastre

Les destroyers ainsi que tous les petits navires poursuivent les transferts des troupes à bord du Lancastria. A l’heure du déjeuner les ponts sont remplis avec des centaines et des milliers de soldats et civils , un destroyer  se trouvant à proximité du Lancastria  demande au commandant Sharp d’appareiller s’il est à pleine capacité mais en contre partie il n’aura aucune escorte . D’un coup , venant du ciel un bruit d’avion ; un autre transport de troupe l’Oronsay se trouvant à côté du Lancastria est attaqué et reçoit un coup près de son pont , les fragments des débris atteignirent le Lancastria.

 Les troupes se trouvant à l’intérieur du Lancastria décident de monter sur le pont, la plupart d’entre eux n’ont pas de gilet de sauvetage. La sirène d’un raid retentie, puis hors du soleil un bombardier nazi apparaît. Ses soutes de bombes s’ouvrent, une slave de quatre bombes déchirent le Lancastria, le bateau commence à frissonner, une bombe explose dans une cale ou se trouve le contingent de 800 soldats de la RAF. Les flammes et la fumée noire épaisse commence à sortir par le panneau de la cale n°2 privant toute sortie. La deuxième bombe semble avoir heurtée le navire près de la cheminée. La fumée couvre toute la partie avant du transatlantique, une autre bombe frappe  une soute libérant 1400 tonnes de fioul , les hauts parleurs crient < chambre des machines, chambre des machines …… seulement par le silence est la réponse !!>. Une autre bombe explose dans l’eau assez près du Lancastria pour souffler un trou béant sur le côté, la panique s’en suivie.

 

 

 

 

 

L’Oronsay qui fut bombardé

 

M. Grattidge, le commandant en second du Lancastria,  saisi un mégaphone et ordonne à l’équipage de libérer tous les canots de sauvetage, le transport de troupes commence  à gîter sur tribord mais l’ordre tombe consistant  à ce que  tous les hommes doivent se déplacer sur bâbord afin que le navire se stabilise. Une tache désespérée, le Lancastria meurt avec des milliers de personnes à bord. Les centaines d’hommes, femmes et enfants sont maintenant sur une mer imprégnée d’huile, de mazout. Des milliers de victimes sont toujours à bord de la carcasse du Lancastria qui commence à se retourner sur le côté.

L’hélice apparaît, puis les hommes commencent à se tenir sur le côté du navire, certain chantent, c’est un spectacle véritablement macabre.

 

Pour les gens dans l’eau il n’y a aucun chant, l’huile est partout, collée aux vêtements, cheveux, elle pique les yeux, elle s’incruste vers le haut des narines et dans les poumons. L’horreur la plus terrible est quand l’avion de la Luftwaffe continue à mitrailler les  survivants sur l’eau et sur le Lancastria qui finit de sombrer. Un avion ennemi libère des bombes incendiaires afin d’essayer d’y  mettre le feu car l’huile s’échappe toujours du Lancastria .

 

 

 

L’Oronsay

      

 

 

L’Oronsay a proximité du Lancastria qui coule

 

Le Lancastria est  touché à 15h48, il s’incline à tribord à 15h50,

la cheminée disparaît dans la mer à 16h02.

Et à 16h12 l’ancien transatlantique est coulé,

le drame  dura 24 minutes.

 

 

 

 

 

Certains rescapés virent les aviateurs prendre des photographies.

 

 

En 20 minutes les 16 243 tonnes du Lancastria disparaissent sous les vagues, sur la mer ne reste qu’épaves,  bateaux  de sauvetage retournés, réfugiés et soldats. Beaucoup de gens avec des gilets de sauvetages sont immobiles car ils  sautèrent dans l’eau avec soit une taille de gilet inadaptée ou le manque de sous cutane, ils rencontrèrent instantanément la mort en touchant l’eau car le gilet de la « vie » montait vers le haut leur fracassant leur cou.

 

 

 

Bateau pilote La Lambarde

 

Les deux destroyers HMS Highlander et HMS Havelock commencent à prendre des survivants à leur bord de même que de nombreux bateaux tels que le Glenaffaric, l’Oronsay, le Fabian, le John Holt ainsi que des navires français tels que le bateau pilote «la Lambarde ». Ce dernier récupérant un grand nombre de naufragés malgré sa petite longueur.  Le baliseur Paul  Leferme    également sur zone récupéra 85 rescapés. Est venu de la côte également : le Colman, canot de sauvetage de la SNSM du Pouliguen ; malheureusement plusieurs des survivants sont sérieusement blessés.

 Jamais un sauvetage n’a laissé pareille empreinte dans la mémoire locale.  Moins de 2500 personnes seront sauvées mais le compte exact  de morts ne sera jamais connu suite au calcul qui s’est arrêté par le commissaire de bord après plus de 6000 personnes embarquées sur le Lancastria . L’évaluation du nombre de personnes à bord quand il a coulé serait dans la gamme de 6000 à 9000. Parmi les survivants sont le capitaine Sharp et le second capitaine Grattidge , quelques années plus tard le capitaine Sharp perdit la vie sur le Laconia (transatlantique) torpillé par un sous marin en septembre 1942 , seulement 972 survivant sont sauvés sur environ 2000.

 

 

Le Laconia : construit en 1922 ; 19695 tonnes

 

Sur le Lancastria selon les sources officielles au moins 5200 personnes ont perdues la vie , le Lancastria restera la plus mauvaise perte maritime de la compagnie Cunard ;  36% de tous les accidents expéditionnaires britannique à partir de septembre 1939 à juin 1940 sont dû au désastre du Lancastria.

 

A bord !!

A bord c’était devenu chacun pour soit, un officier anglais forçait muni d’un pistolet les hommes à redescendre, ne réalisant pas que le Lancastria sombrait rapidement. Ça allait trop vite pour porter secours aux blessés ainsi que pour amener les canots de survie, les manœuvres se réalisaient sans succès, il n’y a eu qu’un seul canot sur les quatre amenés qui réussi à flotter. Les gens piétinaient ou titubaient sur tous ceux qui tombaient ou ne pouvaient plus être aidés.  Le major Armitage fut un héros lors du naufrage car plusieurs fois il plongea pour sauver des hommes  les traînant aux canots de survie, des gens  sont resté 4 heures dans l’eau voyant leurs copains mourir. Des scènes horribles ; plusieurs femmes jetaient leurs enfants à l’eau et plongeaient ensuite mais beaucoup n’en sont jamais revenues.

Le plus grand nombre des victimes provient du corps du service Royale de l’armée.

 

 

 

 

 

 

 

L’Oronsay pris par M Clément sur le HMS Highlander

 

 

Sinistres scènes dans l’eau

 

Un marin du Lancastria essayait de progresser pour affaler le canot de sauvetage raconte :

« Aussitôt que nous avons été frappé par les bombes, je me suis dirigé vers un des canots de sauvetage, il était déjà complet avec beaucoup d’hommes à bord, quand je leur ai demandé de se regrouper pour mettre le maximum de personnes à bord, les autres soldats et toutes personnes pouvant embarquer ont déferlés pour essayer d’obtenir une place dans le canot de sauvetage.

A ce moment là le Lancastria a donné une énorme gîte sur tribord et tous les hommes ont été projeté  sur tribord. J’ai moi même traversé le pont en glissant sur mon dos, ça représentait une énorme pente.

J’ai été jeté à la mer, c’était indescriptible de voir cette masse d’homme, cette masse presque solide, ces hommes qui s’accrochaient ensemble comme des mouches couvertes de pétrole épais.

Les hommes dans un espoir de survie s’accrochaient entre eux, certains d’entre eux étaient terriblement brûlés par l’explosion des bombes, d’autre s’accrochaient à toutes sortes de débris qui flottaient sur l’eau, d’autres nageaient, c’était chacun pour soit, c’était terrible !!!!